Errance

Publié le Mis à jour le

Bonjour à tous, aujourd’hui un texte inspiré d’un son, le bruit de pas sur des pavés. Bonne lecture.

La pluie bat à tout rompre. Lasse de battre le pavé depuis des heures les gouttes se mêlent à mes larmes. J’avance nonchalamment vers un avenir incertain, ne sachant où aller. La route guide mes pas qui n’ont la force d’avancer que par le froid qui gelait mes entrailles.

Tout mon corps tremble par les soubresauts des sanglots qui m’envahissent. Je rassemble mes dernières forces pour courir droit devant moi, chaque pas, chaque effort laissant entrer un air glacial à l’intérieur de mes poumons. Peu habitués à ce rythme mes jambes me brulent, mon corps ne répond plus comme je le veux et la chute, inévitable, me fait perdre connaissance dans un bruit sec de ma tête sur le sol.

Je me relève tant bien que mal ne sentant plus la douleur me tourmenter, le choc doit couvrir mes maux. Les nuages semblent doucement s’effacer pour laisser place à quelques éclaircies qui ne parviennent pas à me réchauffer. Je continue ma route croisant femmes et hommes qui s’efforcent de ne pas croiser mon regard de peur que je leur demande de l’aide. J’avance comme j’ai toujours avancé dans la vie, pas à pas, lentement, sans prétention aucune. N’imaginant plus à quel point de simples choses puissent apporter un bonheur sans failles. Un jeune homme scrute mon passage d’un regard insistant avant de m’adresser la parole : « Pourquoi es-tu triste mademoiselle ? ». Ma timidité habituelle et l’habitude des tentatives de drague ennuyeuse, je ne prends pas la peine de répondre. Pourtant il insiste. « Tu t’es perdue ? Je peux t’aider à passer si tu veux. » Ma curiosité piquée au vif me force à répondre.

– Passer ? Mais pour aller où ?

– A travers tout ça, cette épreuve que tu subis. Depuis combien de temps es-tu dans cet état-là ?

– Des jours et des semaines, plus rien ne me retient de là où je viens, je veux juste partir, avancer sans me retourner.

– Tu dois accepter ta condition, ne plus penser à ta vie d’avant mais avancer vers le futur.

– C’est facile à dire, toi t’es là tranquille, tes fesses poser sur ton banc toute la journée.

– Je comprends ta douleur, viens avec moi, tu comprendras…

Le jeune homme me prend la main et m’emmène presque de force vers l’endroit d’où je venais. Le soleil pointe le bout de ses rayons et des morceaux de ciel bleu se laissent entrapercevoir. Je ne ressens pas la douceur de l’air, mes pensées sont tournées vers cet inconnu qui m’entraine. Il s’arrête et pointe du doigt une masse gisante sur le sol. Hésitante, il me fait signe d’avancer, me disant que ça va m’aider à comprendre, à prendre du recul sur ma condition. Je l’obéis, sans comprendre pourquoi, je suis les élucubrations de cette personne rencontrée quelques minutes plus tôt. Lentement je me rapproche de la masse inerte, je sens le stress monter mais mon cœur ne bat pas l’habituelle chamade que je connais. Puis soudain je la reconnais, cette forme que je jugeais hideuse, cette chose que je réfutais depuis des années gisait là sans vie. Mon corps… Et là je compris que tout est fini, tout du moins dans cette vie. Je me retournai vers le jeune homme et pour la première fois depuis des années je m’autorisai un sourire.

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