impro littéraire

Et puis un jour, elle s’en est allée

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Bonjour à tous, j’ai récupéré mon PC et peux à nouveau écrire en mode « informatique ». Un texte sur un thème donné par Yolie il y a deux semaines. Mais surtout un hommage à Floriane partie aujourd’hui, bien trop tôt… 

 

Rencontrée sur les rythmes des musiques africaines, nous partagions cette passion de la danse, de la communication par la Terre sur laquelle nos pieds la martelaient de notre énergie. Un sourire jusqu’aux oreilles qui était capable de redonner le notre lorsque nous étions las de nos journées de travail. Ce sourire qui irradiait bien au-delà de la salle de danse, comme un écho sur nos âmes, comme un rafraîchissement dans nos cœurs brûlants.

Je me souviens de ce moment de partage sous la pluie, une déambulation, vanneries à la main et nos corps qui s’envolaient sur le son de la sono tractée. 30 degrés, puis la pluie battante pour nous laver de notre sueur qui accentuait à chaque pas notre euphorie. Au fil de la route les regards des spectateurs ébahis, n’en revenaient pas que nous avions pu donner autant, les pieds dans l’eau. Tant de moments passés, tant de joie gorgée de sourires.

Puis la maladie, malgré la douleur et la fatigue tu gardais tant bien que mal ce sourire si magique à nos yeux, à croire que finalement c’est toi qui nous réconfortais. Tu t’es battue comme une lionne défendant ses petits avec le renfort des tes amis. Mais aujourd’hui tu t’en es allée retrouver le monde des anges, fini la douleur, fini la peine. La seule certitude c’est que où que tu sois maintenant, quoique tu fasses, on pense à toi…

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Je veux jouer moi aussi

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Bonjour à tous, aujourd’hui un texte sur le thème donné par Marie Laure, que je remercie au passage 😉 : « je veux jouer moi aussi ».

Au-delà des espérances et du temps, il ondule dans les tourments de l’océan. Bercé par le silence des fonds marins il passe d’un courant à un autre avec une aisance remarquable. Un coup de nageoire puissant suffit à le propulser à quelques mètres au dessus de la surface, se tordant comme un gymnaste dans les airs. Accompagné de ses congénères, il glisse, nage, s’envole pour le plus grand plaisir de ses sens fraîchement éveillés.

Quelques heures auparavant il était encore dans le ventre de sa mère, prêt à vivre une aventure qu’il n’imaginait pas : la vie. Né dans l’eau le petit marsouin goûtait pour la première fois à l’air piquant de l’extérieur, gonflant ses poumons dans un souffle long et rauque. Maintenant à l’aise avec le mécanisme automatique de la respiration il s’en amuse, crachotant écume salée par son évent, il replonge farfouillant le sable à la recherche d’une nourriture plus gastronomique que le lait maternel dont il ne supporte plus le goût.  Les remous que provoque sa chasse diminuent grandement sa perception visuelle. Pas encore à l’aise avec son sonar il se retrouve nez à nez avec un animal qu’il n’a pas encore eu le loisir de rencontrer.

Le crabe toutes pinces dehors, habitué de ces mammifères mangeurs de crustacés défend sa vie tant bien que mal, tentant la fuite par le côté il claque ses tenailles en direction de son prédateur qui lui, semble plus amusé qu’affamé. D’un naturel joueur il le provoque du bout de son rostre qui semble sourire. Pas rassuré, le tourteau dans une cabriole improbable se met sur le dos, toutes pattes recroquevillées dans l’espoir de passer pour un rocher quelconque. Le marsouin pas dupe le retourne d’un simple coup de nageoire, croque délicatement ses pinces pour ne pas en subir le châtiment, embarque le pauvre crustacé dans une dernière et funeste balade. Accélérant de toutes ses forces en direction de la surface, bravant les algues râpeuses, dépassant ses semblables qui espéraient démarrer une course chevronnée, il déverrouille sa mâchoire et fait s’envoler le crabe bien au dessus des vagues. Le crustacé hors de l’eau fixe une dernière fois le soleil, profitant des embruns iodés de cet océan agité. Après l’élévation la chute en direction du mammifère prêt à déguster son mets favoris, il ferme ses yeux à facettes et s’endort définitivement, bon perdant de cet ultime jeu.

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Poivre blanc

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Bonjour à tous, aujourd’hui un texte sur un thème donné par mon amie Mélanie : « Poivre blanc », impro littéraire, 20 mins d’écriture. Bonne lecture

Sur une petite île de l’ouest du Vietnam elle était là. Cette ferme qu’Eric cherchait depuis si longtemps.

Né avec un palais non ordinaire, il était capable de déceler le moindre goût, la moindre variation d’amertume. Certains l’appelaient jalousement « la langue absolue », expert à découvrir chaque note que lui jouait la musique des aliments dans sa bouche. Tout petit déjà il était le centre des attentions de la cour de récré. Ses copains l’observaient avec une joie non dissimulée découvrir les secrets de tout ce qu’il goûtait. L’acidité des bonbons, le sucré des chocolats les plus fins n’avaient déjà plus de secrets pour lui. C’est à l’âge de 17 ans qu’Eric se passionna pour les épices et particulièrement le poivre. Une heureuse rencontre avec une baie noire de Madagascar copieusement saupoudrée sur une préparation asiatique fût une véritable révélation.  Il s’est juré depuis ce jour d’en faire sa passion, son métier, puis finalement une quête.

Aujourd’hui Eric est à la recherche de l’épice parfaite. Il voyage à travers le monde afin de découvrir les poivres les plus rares, comme un affineur écluserait les monastères reculés pour y goûter le fromage qui fera frémir son palais plus que d’accoutumée. Il y a quelques années il avait entendu parler d’une baie d’une extrême pureté. Un poivre blanc comme neige à la saveur si originale qu’il n’est accommodable à aucun plat connu. Eric en a fait son Graal, trouver quelque chose que sa langue absolue ne reconnaitrait pas.

Il y est, une toute petite ferme tenue par une famille vietnamienne adorable. Des chiots l’accueillent  avec des aboiements de joie et des frétillements d’excitation. Hu’ong,  vient à sa rencontre lui serrant la main chaleureusement, un grand sourire sur les lèvres que lui rend Eric. La barrière de la langue n’en est plus une lorsque deux humains se connectent entre eux. Un regard, un geste, un sourire suffisent  souvent à partager des choses sans avoir à l’exprimer d’une autre manière. Eric suit son hôte à l’arrière de la bâtisse, sur quelques mètres carrés s’élèvent des poivriers qu’il a tant l’habitude de croiser. Hu’ong lui indique d’un signe de la tête de continuer encore quelques pas, il comprend que le Graal est à portée de bouche. Le voici ! Face à lui,  un tout petit arbuste pas plus haut que trois pommes rempli à craquer d’une multitude de grappe de l’épice tant espérée. Hu’ong, délicatement cueille quelques uns des grains immaculés et les tend à son invité comme s’il s’agissait de quelques grammes d’un minerai introuvable. Le cœur d’Eric bat la chamade, l’excitation de porter à sa bouche la chose la plus rare qu’il lui ait été donnée de goûter le fait transpirer à grosse gouttes. Franchi le cap du nez, les fameuses baies libèrent leurs arômes sur la langue du passionné. D’abord une légère acidité sur la langue qui se transforme soudainement en quelque chose de doux, sucré. Des notes florales composent l’orchestration de ces saveurs si uniques, finalement indescriptibles. Eric, ému plonge son regard dans celui de Hu’ong. Il y découvre les larmes de celle qui fait pousser le bonheur en grappe, tellement heureuse de faire partager un moment si particulier à celui qu’elle ne recroisera jamais.

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Les roses de Paris

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Bonjour, aujourd’hui un texte improvisé dont le thème a été soufflé par Corinne sur ma page Facebook. Ecrit ce dimanche, durée d’écriture 15 mins. Bonne lecture 🙂 

Ça y est c’est presque l’heure. Cela fait trois semaines que j’attends impatiemment ce rendez vous galant. Je m’étais inscrit sur un site de rencontre afin de trouver l’âme sœur. Sa photo, nos discussions sur le net, tout était fait pour que ces retrouvailles face à face se passent parfaitement bien.

Toujours à l’avance, j’erre place du tertre à Montmartre. Marchant lentement sur les pavés qui me tordent les chevilles, j’observe les caricaturistes massacrer les visages des touristes sur un papier jauni par le temps. Le fusain à la main ils tracent les courbes d’un geste précis, sourire sur les lèvres sachant qu’ils vont empocher une rondelette somme pour quelques minutes de travail. Je m’attarde sur les enseignes qui me rappellent la période où j’étais étudiant. Je venais régulièrement avec mes amis pour profiter de cette place si mythique des clichés parisiens. Mais aujourd’hui, je vais la rencontrer, au coin de la rue Norvins une table nous attend.

Elle est là, assise avec un Perrier citron, rondelle, pas sirop. Je sens ce frisson sur ma colonne vertébrale qui me tétanise autant qu’il m’excite. Elle me voit et sourit. Je vais à sa rencontre, premier contact avec sa peau, joue contre joue, elle sent bon. Nous entamons diverses conversations banales, sur la géographie du lieu, son côté pittoresque mais nous sommes interrompus par un jeune homme à la peau chocolat nous demandant si nous souhaitions des roses. D’une seule voix nous refusons poliment. Elle plonge ses yeux dans les miens, ravi de cette heureuse coïncidence je rougis.

Après l’apéro nous commandons notre repas, des moules frites pour moi et une entrecôte maitre d’hôtel saignante pour elle. Vient le choix crucial du vin, n’y connaissant absolument rien je lance un regard d’alerte au serveur qui comprend de suite mon désarroi en nous proposant deux trois noms de domaines qui semblent alléchants à l’oreille. Nous remerciant de notre choix, le garçon nous quitte avec un sourire complice. Aussitôt parti il est remplacé par un autre au teint mat, un énorme bouquet à la main et à l’air bien moins sympathique que son prédécesseur il nous hèle de son fameux « vous voulez des roses ? » sans même nous regarder. Agacé d’être coupé dans mon échange de regard d’avec ma prétendante je lui réponds d’un « non » sec et efficace qui le fait partir nonchalamment, un haussement d’épaule en guise d’au revoir.  Plus tard lors de la commande des desserts, un troisième « rosiste », terme emprunté à l’imagination d’un ami, vient nous proposer ses pétales. Le serveur toujours aussi complice demande au vendeur de s’éloigner, que ses collègues sont déjà passés quelques fois et que ça commence à incommoder les clients.  La discussion tourne au vinaigre et ils en viennent aux insultes virulentes à l’orée de notre table. Je décide d’agir d’une manière complètement sanguine. « Non mais tu vois pas que tu nous casses les couilles là ? On n’en a rien à foutre de tes roses de merde à deux balles. Tu vas gentiment descendre de la Butte et te les foutres bien profond dans le fondement… ».  Je regrettais immédiatement ces paroles. Pas pour le serveur qui était hilare, ni pour le rosiste qui se décide finalement à partir mais pour Emilie dont je n’osais pas croiser le regard.

Finalement, calmé, j’ose relever la tête vers elle, elle me sourit en me prenant la main. Rassurés, nous continuons notre discussion passionnante sur nos vies, nos aspirations, nos passions. « Et toi tu fais quoi dans la vie ? » lançais je. Dévoilant son plus beau sourire, yeux dans les yeux elle me répond : fleuriste.

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En été

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Bonjour tout le monde.

Ce premier texte est venu d’un thème Facebook :  » neige en août; pâté en croûte », bonne lecture.

 

15h30 ma mère me somme de sortir. Encore accroché à ma PS4 je n’ai vraiment pas l’envie de mettre le nez dehors. Un si joli mois d’août qu’elle me dit. Tous mes amis profitent de cet air si agréable de cette période de vacances tant attendue . Moi, bien au chaud je laisse courir mes doigts sur la manette ergonomique. Sur l’écran 127 cm mes yeux glissent de mon personnage armé, aux monstres gluants à massacrer.
Pour faire plaisir à ma mère je me décide finalement à sortir. Forcément, se faire débrancher la console est un argument plutôt efficace. Dehors mes amis avaient démarré une bataille de boule de neige bien organisée. Des talus cachent les uns, les lampadaires gelés les autres. Depuis 2054 sans vraiment de raisons valables les saisons se sont  décalées. Les écolos brandissent leurs pancartes contre le réchauffement climatique  tandis que les végans  conspuent l’agriculture massive qui produit des vaches qui elles larguent des gaz et qui eux trouent la couche d’ozone.

16h00 l’heure du goûter , après avoir démoli quelques copains à coup de boules de neige fourrées aux cailloux il est temps de pardonner à tous et de partager un moment de franche camaraderie. Chacun sort les habituels petits gâteaux, tablettes de chocolat ou autres bonbons. Maman  toujours bien intentionnée m’a laissé une boite en plastique avec mon trésor. Je sens déjà l’odeur alléchante de ce met fait maison, j’en salive sans même encore y avoir goûté. Mes comparses comme à l’accoutumée se moquent amicalement de moi. Je suis le seul, toujours le seul à dégainer un pâté en croûte digne des plus grands chefs. Je sais que personne n’en voudra et que je n’aurai pas à partager. Jusqu’au jour où on aura l’âge de boire du vin.