Textes et autres histoires

Sans l’ombre d’un doute

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Sans l’ombre d’un doute j’avançais pas à pas sur le rythme endiablé que me donnait la vie. Chaque jour, chaque minute me rapprochaient de mon destin inévitable.

Naïf je pensais en maîtriser les rouages, partant du principe que seule ma volonté me guidait sur le chemin tortueux que j’empruntais chaque jour. J’allais de l’avant, fier des choses déjà accomplies et emplit d’une rage inébranlable à l’idée du futur à construire.  C’était sans compter les embûches habituelles que le commun des mortels supportait aisément. Moi, petit, lâche et fébrile je ne tiendrais pas la minute dans cet environnement hostile.

 Je restais là, les pieds sur terre ne sachant où aller, ne sachant comment réagir à la férocité qui m’envahissait, je voulais me battre mais contre quoi ? Contre qui ? Chaque seconde qui passait, je perdais un peu plus la raison pour me retrouver dans mon monde si particulier que personne ne pouvait  comprendre. Je m’enivrais des odeurs vertueuses de la vie pour me balader sur le toit du monde, mon âme vagabondait d’ici à de là.

Sans l’ombre d’un doute j’étais en vie, mais pour combien de temps ?

Nuit d’hiver

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Après avoir surmonté sa peur Hervé fila droit devant, la lumière faible des réverbères ne suffisait pas à éclairer le portail forgé. La main gantée s’approcha en tremblant de la poignée sculptée en une tête de rapace méconnaissable. Le grincement du portail résonnait dans l’air glacé de cette soirée d’hiver, tandis que la porte s’ouvrait des nuages de brouillard faisaient l’amour avec le blizzard. Une danse macabre se dessinait devant les yeux de l’enfant qui n’était plus sûr du tout de vouloir voir de plus près la lueur qui l’attirait tant. Les feuilles mortes soulevées par le vent tourbillonnaient  dans un râle sourd et profond tout droit sorti de l’enfer de Dante.

Hervé prenant son courage à deux mains s’avança, chaque pas aussi léger fut-il, s’enfonçait dans le sol en gravier concassé. Un pied devant l’autre, le regard droit devant, il fixait cette petite lueur au dessus de la tombe se grand-mère, cette lumière rassurante dénotait avec le paysage alentour. Les tombes grises, aiguës par leurs angles semblaient bouger dans le but d’en laisser sortir des monstres prêt à vous dévorer les chairs. Un frisson. Il  détourne le regard, attiré par le cri d’un oiseau posé sur la branche du noyer dépourvu de ses feuilles printanières.  Le corbeau aux yeux rouges balayait son regard d’Hervé à la tombe de sa grand-mère qui  n’était plus qu’à quelques mètres.  Sur le granit terne se tenait vacillante une flammèche aux couleurs orangées. La main tendue,  les larmes aux yeux il s’approcha lentement. Malgré la neige qui commençait à tomber la flamme semblait prendre du volume et envelopper le garçon dans une chaleur douce et rassurante. Des effluves de confitures et de gâteaux se propageaient dans l’air, chatouillant les narines de tout être, vivant ou non.  Le vent s’arrêta et tout le cimetière se transformait. L’oiseau de mauvais augure se posa amicalement sur l’épaule d’Hervé qui osa une caresse. Les tombes se mirent à trembler les une après les autres dans un son grave. Une multitude de flammes en sortirent pour rejoindre la réunion d’Hervé et sa mamie.

Finalement rassuré, Hervé passa la nuit avec ses nouveaux amis dans la chaleur douce des âmes qui vivent encore aujourd’hui dans ce cimetière.

 

Misty Overgrown Cemetary

Méditation sans fin

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Bonjour pour ce weekend un texte écrit à un moment où je me posais pas mal de questions sur à peu près tout ce qui m’entourait. Je vous rassure, aujourd’hui ça va mieux 🙂 

Je m’égarais dans des pensées de plus en plus profondes, perdu dans le vide absolu de mes vagues à l’âme. Je sentais doucement la torpeur m’envahir et glisser dans un monde qui m’était encore inconnu. Je restais là en position du lotus à méditer sur la face de ce monde que je détestais tant. Ma méditation fut longue et non pas sans douleurs. Mon corps ne subissait aucun dommage alors que chaque fibre nerveuse qui parcourait ma moelle vibrait à l’unisson. Mon cerveau flottait dans une brume légère et agréable, cependant mes pensées se tournaient vers l’obscur et la tristesse.

Doucement je plongeais, sentant mon corps sombrer dans un abîme sans fin, sans bruits, privé de tous mes sens. Puis, seul mon esprit partait vers des horizons divers. La vision de ce monde d’horreur, emplit de vengeance et d’hypocrisie me mettait mal à l’aise. Mais je savais que c’était pure vérité. Mon cœur battait de moins en moins vite, ma respiration se faisait de plus en plus profonde, je partais. Je luttais pour que mes visions soient moins noires, je revivais les moments heureux de ma vie en imaginant également ceux des autres. Mon âme allait mieux et j’osais espérer que ce monde sans vie n’était qu’une farce sans humour. Et je partais dans un sommeil infini, vers un univers moins amer, avec la conviction que ce monde deviendra meilleur, un jour.

Meditat

Extrait MESSIAH

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Bonjour à tous, aujourd’hui j’aimerais vous partager un extrait de scénario. Juste un tout petit bout de ce que sera mon prochain film. bonne lecture.

  1. INT. JOUR UN BUREAU

Une femme d’un certain âge, tailleur de marque est assise au bout d’une longue table en verre. assis sur des fauteuils en cuir, des hommes et femmes semblent attentifs. Un homme à l’autre bout semble diriger la réunion.

 

FEMME

On ne peut pas laisser passer ça. Nous lui avons fait des menaces, puis perdre son appartement. Il ne lui reste rien qui puisse le faire tenir debout.

 

MONSIEUR AMAURY

Et pourtant il continue…

FEMME

Monsieur Amaury, je vois que votre perspicacité est légendaire.

MONSIEUR AMAURY

Et votre inefficacité prouvée. Cela fait trop longtemps que ça dure. Vous auriez dû faire le nécessaire tout de suite au lieu de tergiverser tous ces mois.

FEMME (énervée mais contenue)

Il ne présentait pas de vrai danger et vous le savez. Il aurait dû arrêter.

HOMME en bout de table

Il aurait dû, il aurait dû… Vous voyez le résultat non ? A s’immiscer sur les réseaux de la société il a foutu un sacré bordel ! Agissez maintenant ! Nous avons ici tous le pouvoir de vous destituer de vos fonctions. Alors faites le nécessaire et vite.

FEMME (avec un sourire aux lèvres)

C’est déjà en cours…

Errance

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Bonjour à tous, aujourd’hui un texte inspiré d’un son, le bruit de pas sur des pavés. Bonne lecture.

La pluie bat à tout rompre. Lasse de battre le pavé depuis des heures les gouttes se mêlent à mes larmes. J’avance nonchalamment vers un avenir incertain, ne sachant où aller. La route guide mes pas qui n’ont la force d’avancer que par le froid qui gelait mes entrailles.

Tout mon corps tremble par les soubresauts des sanglots qui m’envahissent. Je rassemble mes dernières forces pour courir droit devant moi, chaque pas, chaque effort laissant entrer un air glacial à l’intérieur de mes poumons. Peu habitués à ce rythme mes jambes me brulent, mon corps ne répond plus comme je le veux et la chute, inévitable, me fait perdre connaissance dans un bruit sec de ma tête sur le sol.

Je me relève tant bien que mal ne sentant plus la douleur me tourmenter, le choc doit couvrir mes maux. Les nuages semblent doucement s’effacer pour laisser place à quelques éclaircies qui ne parviennent pas à me réchauffer. Je continue ma route croisant femmes et hommes qui s’efforcent de ne pas croiser mon regard de peur que je leur demande de l’aide. J’avance comme j’ai toujours avancé dans la vie, pas à pas, lentement, sans prétention aucune. N’imaginant plus à quel point de simples choses puissent apporter un bonheur sans failles. Un jeune homme scrute mon passage d’un regard insistant avant de m’adresser la parole : « Pourquoi es-tu triste mademoiselle ? ». Ma timidité habituelle et l’habitude des tentatives de drague ennuyeuse, je ne prends pas la peine de répondre. Pourtant il insiste. « Tu t’es perdue ? Je peux t’aider à passer si tu veux. » Ma curiosité piquée au vif me force à répondre.

– Passer ? Mais pour aller où ?

– A travers tout ça, cette épreuve que tu subis. Depuis combien de temps es-tu dans cet état-là ?

– Des jours et des semaines, plus rien ne me retient de là où je viens, je veux juste partir, avancer sans me retourner.

– Tu dois accepter ta condition, ne plus penser à ta vie d’avant mais avancer vers le futur.

– C’est facile à dire, toi t’es là tranquille, tes fesses poser sur ton banc toute la journée.

– Je comprends ta douleur, viens avec moi, tu comprendras…

Le jeune homme me prend la main et m’emmène presque de force vers l’endroit d’où je venais. Le soleil pointe le bout de ses rayons et des morceaux de ciel bleu se laissent entrapercevoir. Je ne ressens pas la douceur de l’air, mes pensées sont tournées vers cet inconnu qui m’entraine. Il s’arrête et pointe du doigt une masse gisante sur le sol. Hésitante, il me fait signe d’avancer, me disant que ça va m’aider à comprendre, à prendre du recul sur ma condition. Je l’obéis, sans comprendre pourquoi, je suis les élucubrations de cette personne rencontrée quelques minutes plus tôt. Lentement je me rapproche de la masse inerte, je sens le stress monter mais mon cœur ne bat pas l’habituelle chamade que je connais. Puis soudain je la reconnais, cette forme que je jugeais hideuse, cette chose que je réfutais depuis des années gisait là sans vie. Mon corps… Et là je compris que tout est fini, tout du moins dans cette vie. Je me retournai vers le jeune homme et pour la première fois depuis des années je m’autorisai un sourire.

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Petite histoire sombre

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Bonjour à tous, aujourd’hui un texte inspiré de la fameuse rue de l’université de Montpellier. Une histoire presque vraie, à vous de déceler le romancé de la réalité.

C’est dans une ruelle sombre de Montpellier que je les devinai un matin d’automne. L’ambiance était moite, le brouillard diffusait l’éclairage tamisé des réverbères aux lueurs jaunes.

Elles marchaient main dans la main, petites jupes plissées et chaussures bien cirées. Des bandeaux bleus arrangeaient leurs cheveux en deux jolies couettes blondes.  Pourtant malgré la fraîcheur de ces jumelles, l’atmosphère était pesante. Les chants chrétiens qu’elles scandaient me mettaient mal à l’aise. Les rictus sur leurs visages pâles les faisaient paraître pour des poupées de porcelaine à l’air démoniaque. Une grande beauté émanait d’elles mais leurs esprits semblaient vides. Leurs regards perdus vers le fond de la ruelle ne présageaient rien de bon. Je restais coi devant ces êtres surnaturels sortis des bouches de l’enfer. Une magnifique aura se dégageait d’elles. Je la sentais me faire frissonner alors qu’elles étaient encore à une bonne vingtaine de mètres de moi. Mon corps et mon esprit ressentaient leurs âmes malfaisantes et noires. Mon cœur battait à tout rompre, à en faire vibrer les pavés humides sur lesquels je marchais.

Puis elles passèrent en me saluant nonchalamment comme deux petites filles bien élevées… Ce qu’elles étaient en fait.

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deux âmes

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Bonjour à tous, aujourd’hui vous allez lire un texte qui a été écrit au fameux café de Montpellier. Un texte improvisé au coin d’une table.

Elles errent sans fin dans un monde brumeux devenu illusion. Entraînées par les tourbillons de la passion elles sont à jamais rassemblées dans une même éternité. Enivrées par le parfum de leur Amour, elles ne se cherchent plus ne se toisent plus du regard, elles sont tout simplement dans leur univers à elles sans barrières, sans frontières.

​Un frôlement. Ce n’est pas possible se disent-elles. Depuis le départ de leur prison de chair elles se sont senties seules, seules mais ensembles. Ce sentiment se dissipe au fur et à mesure qu’elles avancent vers l’inconnu. Leur bonheur semble soudain  perturbé par un élément dont elles ne comprennent pas l’arrivée. Ces deux âmes enfin réunies dont le destin n’avait promis aucune grande vie sur terre, espéraient pouvoir vivre leur amour loin des frontières de la chair dans ce nouveau monde plein de promesses. Les voilà encore face à une barrière dressée par cette  maudite fortune, jamais elles ne seront tranquilles même au travers des portes de l’au-delà. Le malaise se fait pressant la première se sent agrippée puis tirée lentement vers le bas. Elle ne veut pas, elle est si bien avec son âme sœur, avec l’amour de sa vie et aussi de sa mort. Elle s’accroche tant qu’elle peut au regard de son double sans pouvoir retenir sa douce descente. L’autre continue son ascension vers la lumière céleste et voit sa moitié s’éloigner. Malheureuse de perdre à nouveau l’être qu’elle aime par-dessus tout, elle crie  son désespoir tant elle se sent déchirée par la disparition de son grand Amour. Elle monte, traversant les tourbillons de lumière aux teintes orangées. Une vague de chaleur l’envahit mais ne suffit ni à la calmer ni à la rassurer. Dans ce nouveau monde elle vient d’abandonner encore une fois son unique raison de vivre.

​La chute se fait de plus en plus rapide, elle voit sa moitié disparaître dans un halo de lumière. Un choc violent cogne dans sa poitrine, comme si elle sentait à nouveau son ancien corps. Elle perçoit des voix lointaines mais distinctes : « nous l’avons récupéré docteur, son état est à nouveau stable ». Et l’âme retourne dans son corps meurtri de douleurs… Si seule.